J'ai lu tout la série. C'était assez chouette pour de la littérature jeunesse mais très sombre et frôlant le gore; une bande d'ados qui se retrouvent propulsés dans une lutte guérilla contre des aliens sous forme de limaces qui rentrent par l'oreille pour envelopper les cerveau de quelqu'un et les contrôler comme une marionnette. Un alien mourant ennemi des limaces donne aux ados le pouvoir d'absorber l'ADN de n'importe quel être vivant pour ensuite se transformer («morpher», d'où le nom) en une copie conforme de cet être à volonté. Seule limite: au-delà de 2h, impossible de retrouver son corps d'origine.
Les ~54 livres de la série couvrent ~2 années de lutte désespérée durant lesquelles les gamins voient de plus en plus de personnes de leur entourage tomber sous le contrôle des limaces, deviennent de plus en plus traumatisés par leurs piètres missions d'espionnage et sabotage qu'iels tentent de mener tout en maintenant leur façade de lycéens insouciants. Certains font des cauchemars à répétition, d'autres se rendent compte avec inquiétude qu'ils adorent le combat mortel, d'autres encore tentent désespérément d'établir des limites morales à ne pas franchir, tandis que l'invasion alien progresse lentement mais sûrement sur terre.
Je ne fais que survoler très vite car sinon j'écrirai un pavé, mais il y a pleins d'aspects à mentionner en plus. Les séquences où les ados doivent se confronter à la « mentalité instinctive » et la morphologie de l'espèce en laquelle ils se morphent sont très fun, se rapprochant de documentaires nature à la première personne. Les séquences de morphing durant lesquelles leurs corps se changent de façon assez incontrôlée virent souvent dans du body horror, et les combats contre des êtres sous contrôle des limaces sont saignants et moribonds - membres tranchés, gorges déchirées, intestins répandus au sol. Le processus de morph restaure les. Orps à leur état « d'origine », donc les auteurs ne se retiennent pas sur les conséquences des affrontements physiques. Les limaces ont conquis d'autres espèces avant de débarquer sur terre, du coup nos protagonistes se retrouvent assez souvent à se battre contre un mélange d'humains et d'humanoïdes. À partir du ~6e tome, de mémoire, la bande d'ados humains se retrouvent rejoints par un ado alien, un cadet d'un navire de guerre spatiale échoué sur terre qu'ils planquent dans des bois voisinant le champ aux parents d'une de la bande. Son espèce n'ayant pas de bouche et donc ne connaissant pas le goût, il adore morpher un humain pour goûter des choses insolites comme les pains aux raisins et les mégots de cigarettes, ainsi que de s'émerveiller de la sensation de parler à l'oral.
Les récits sont très ancrés dans un quotidien états-unien des années 80-90 - pas de smartphone, pas d'internet, beaucoup de références aux bornes d'arcades et Xena, Warrior Princess. J'ignore à quel point c'est appréciable aujourd'hui pour un adulte français qui découvre. En tant que gamin queer à l'âme tendre, en tout cas, le thème de « n'importe quel autre être humain peut à tout moment se révéler comme une vil ennemi de l'humanité » avait fait mouche sur mon propre vécu. Peut-être que des parallèles avec la Résistance durant l'occupation nazie peuvent se ressentir. Bien qu'écrit de façon abordable pour des 10-12 ans, la série ne prend pas le lecteur pour un simplet incapable d'émotions complexes ; au contraire c'est une des œuvres qui m'avait fait beaucoup réfléchir sur la complexité de la morale à un si jeune âge.
Ces couvertures sont dérivées de l'autorisation en série télé - qui n'a pas fait long feu, vu les coûts des effets spéciaux à l'époque.