Au-delà de la question de la pertinence statistique, cela soulève surtout un gros problème démocratique.
Les sondages sont omniprésents – ad nauseam – dans le débat public et leur impact sur l'opinion est évident. D'autant qu'ils se parent d'un habit scientifique rassurant. On peut le déplorer, et c'est mon cas, mais c'est une réalité. Or, ces sondages ressemblent de plus en plus à des boîtes noires dont personne ne connaît le fonctionnement.
Leur prégnance dans le débat public avant et pendant les campagnes électorales, c'est-à-dire, en réalité, tout le temps, devrait entraîner davantage d'obligations pour les sondeurs. Les algorithmes de redressement et les IA utilisées pour le boost synthétique devraient notamment être totalement transparents, afin que des experts indépendants puissent éclairer le grand public quant à leur sérieux.
N'oublions pas qu'en 2017, déjà, une société d'analyse de données, Filteris, avait alimenté la campagne fillonniste en se cachant derrière une pseudo-scientificité. Nous ne sommes pas à l'abri que d'autres, un jour, en fassent autant en se cachant derrière leurs algorithmes et leurs IA.
Pour moi, c'est uniquement une question de distanciation. On vouvoie pour maintenir une certaine distance, on tutoie pour la réduire.
Et les normes sociales font qu'on a plus ou moins de liberté pour choisir. Sauf exception, on va devoir vouvoyer son banquier ou son contrôleur fiscal, mais on va naturellement tutoyer ses amis et sa famille. Et, entre les deux, la norme est moins pesante et on aura davantage de liberté pour choisir, notamment, par exemple, avec ses collègues. Sachant que, par ailleurs, c'est une décision qui se prend évidemment à deux.
En tout cas, j'ai toujours trouvé absurde d'y mêler la notion de respect. Je tutoie mes amis, je tutoie ma femme, mais si je croisais la pire des ordures, je la vouvoierais parce que je n'aurais pas envie de familiarité avec elle. Pour moi, vouvoiement et respect sont totalement décorrélés et je ne comprends même pas comment on peut lier les deux.